Démembrement assurance vie : à quoi sert une clause bénéficiaire démembrée ?

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Le démembrement est souvent associé à l’immobilier ou aux donations. Pourtant, il peut aussi être utilisé avec une assurance vie, via une clause bénéficiaire démembrée. Cette technique permet de mieux organiser la transmission du capital, tout en protégeant certains proches, comme le conjoint survivant. Encore faut-il comprendre son fonctionnement et ses effets concrets, notamment sur le plan fiscal.

🧩 Démembrement de l’assurance vie : qu’est-ce qu’une clause bénéficiaire démembrée ?

Avec une clause bénéficiaire démembrée, ce droit est réparti entre deux catégories de bénéficiaires :

  • l’usufruitier, qui reçoit l’usage ou les revenus du capital ;
  • le nu-propriétaire, qui récupère le capital en pleine propriété au décès de l’usufruitier.

En pratique, cette clause est souvent utilisée pour attribuer l’usufruit au conjoint survivant et la nue-propriété aux enfants. Le conjoint peut ainsi disposer des sommes (ou des revenus qu’elles génèrent), tandis que les enfants sont assurés de récupérer le capital à terme.

Le démembrement ne modifie pas le fonctionnement du contrat pendant la vie du souscripteur. Il ne prend effet qu’au moment du décès, lors du versement du capital aux bénéficiaires. C’est donc un outil de transmission patrimoniale, qui s’anticipe au moment de la rédaction de la clause bénéficiaire.

🔎 Le démembrement s’applique-t-il uniquement à l’assurance vie ?

Non, le démembrement est un mécanisme juridique général, utilisé aussi bien pour des biens immobiliers que pour des donations ou des successions.

➡️ L’assurance vie présente toutefois une particularité : le démembrement porte non pas sur un bien existant, mais sur le capital versé au décès, ce qui en fait un outil très spécifique et souvent plus souple pour organiser une transmission.

💡 Démembrement assurance vie : optimiser la fiscalité de votre transmission

Le principal intérêt d’une clause bénéficiaire démembrée est fiscal. Elle permet de répartir les droits entre usufruitier et nus-propriétaires, tout en optimisant l’utilisation des abattements applicables à l’assurance vie.

Résultat : une transmission plus fluide, souvent moins taxée, et une protection renforcée du conjoint survivant.

Comment se répartit l’abattement en cas de démembrement ?

En présence d’un démembrement, l’abattement fiscal ne s’applique pas deux fois. Il est partagé entre l’usufruitier et les nus-propriétaires selon la valeur fiscale de l’usufruit, déterminée par l’âge de l’usufruitier au moment du décès. Cette valorisation est fixée par un barème légal.

👉 Plus l’usufruitier est âgé, plus la part taxable revient aux nus-propriétaires. C’est un levier clé pour ajuster la fiscalité globale de l’assurance vie.

Valeur fiscale de l’usufruit et de la nue-propriété
Âge de l’usufruitierValeur de l’usufruitValeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans90 %10 %
21 à 30 ans80 %20 %
31 à 40 ans70 %30 %
41 à 50 ans60 %40 %
51 à 60 ans50 %50 %
61 à 70 ans40 %60 %
71 à 80 ans30 %70 %
81 à 90 ans20 %80 %
Plus de 90 ans10 %90 %

Fiscalité pour les versements avant 70 ans

Pour les primes versées avant 70 ans, chaque bénéficiaire dispose d’un abattement de 152 500 €.

En cas de clause démembrée, cet abattement est ventilé entre usufruitier et nus-propriétaires selon le barème ci-dessus. La taxation ne porte donc pas sur 100 % du capital pour chacun, mais sur leur quote-part fiscale.

Effet recherché : protéger le conjoint (usufruit) tout en limitant la fiscalité supportée par les enfants (nue-propriété), sans remettre en cause le cadre spécifique de l’assurance vie.

Fiscalité pour les versements après 70 ans

Pour les primes versées après 70 ans, l’abattement est global et plafonné à 30 500 €, tous bénéficiaires confondus. En démembrement, ce plafond est là aussi réparti entre usufruitier et nus-propriétaires selon la valeur fiscale de leurs droits.

Au-delà de 30 500 €, seules les primes sont soumises aux droits de succession (les intérêts restant exonérés). Le démembrement conserve ici un intérêt patrimonial : il organise la transmission et sécurise l’usage des fonds pour le conjoint, tout en préparant la pleine propriété pour les enfants à terme.

À retenir : la clause bénéficiaire démembrée n’augmente pas les abattements, mais les utilise plus efficacement en répartissant la charge fiscale selon l’âge de l’usufruitier et la structure familiale.

🧮 Assurance vie et clause bénéficiaire démembrée : cas pratique

Exemple concret Marc, 68 ans, est marié et a deux enfants. Il détient une assurance vie d’un montant de 400 000 €, alimentée avant ses 70 ans. Son épouse, Eva, a 72 ans au moment de son décès. Marc hésite entre deux clauses bénéficiaires :

  1. Clause bénéficiaire démembrée : Eva est usufruitière et les deux enfants sont nus-propriétaires.
  2. Clause classique : Eva et les deux enfants sont bénéficiaires à parts égales.

  Avec clause bénéficiaire démembrée

Selon le barème fiscal, à 72 ans, la valeur de l’usufruit est de 30 %, celle de la nue-propriété de 70 %.

Répartition fiscale du capital de 400 000 € :

  • Usufruit (Eva) : 120 000 €
  • Nue-propriété (enfants) : 280 000 €, soit 140 000 € par enfant


Chaque bénéficiaire dispose d’un abattement de 152 500 € pour les versements effectués avant 70 ans.

  • Eva : 120 000 € < 152 500 € → aucune taxation
  • Chaque enfant : 140 000 € < 152 500 € → aucune taxation

Conséquences patrimoniales : Eva peut utiliser librement le capital pour maintenir son niveau de vie, et les enfants sont assurés de récupérer la pleine propriété du capital au décès de leur mère, sans nouvelle fiscalité.

  Sans démembrement (clause classique)

Le capital de 400 000 € est réparti immédiatement :

  • Eva : 133 333 €
  • Chaque enfant : 133 333 €


Chaque bénéficiaire dispose d’un abattement de 152 500 € pour les versements effectués avant 70 ans.

  • Eva : 133 000 € < 152 500 € → aucune taxation
  • Chaque enfant : 133 000 € < 152 500 € → aucune taxation

Conséquences patrimoniales : Les enfants reçoivent leur part immédiatement, sans garantie que le conjoint survivant conserve un niveau de vie confortable, et la transmission est définitive. Autrement dit, aucun mécanisme ne permet de récupérer la part versée au conjoint à son décès.

📌 Démembrement assurance vie exemple : en bref

Ce que change concrètement le démembrement

Clause classique

Clause démembrée

Moment de la transmission

Capital partagé immédiatementConjoint protégé en priorité

Souplesse patrimoniale

Transmission figéeTransmission progressive

Organisation

Peu de souplesseOrganisation patrimoniale anticipée

Effet à long terme

Aucun effet à long termePleine propriété récupérée à terme

⭐ Notre conseil

La clause bénéficiaire démembrée est particulièrement adaptée lorsque :

  • le conjoint a besoin de sécurité financière à long terme ;
  • les enfants peuvent attendre pour recevoir le capital ;
  • le patrimoine est suffisamment structuré pour anticiper la transmission.

Bien rédigée, elle permet de protéger le conjoint sans pénaliser les enfants, tout en utilisant au mieux les règles fiscales de l’assurance vie.

🤔 Assurance-vie : démembrement ou pas, quel choix pour vous ?

La clause bénéficiaire démembrée répond à des objectifs précis. Elle peut être très efficace dans certains cas, mais moins adaptée dans d’autres. Voici les avantages et les limites à connaître avant de faire ce choix.

Avantages et inconvénients d'une clause bénéficiaire démembrée

👍 Avantages

👎 Inconvénients

  • Protection du conjoint survivant : il conserve l’usage du capital ou des revenus sans partage immédiat avec les enfants.
  • Transmission anticipée aux enfants : ils deviennent nus-propriétaires dès le décès du souscripteur et récupèrent la pleine propriété à terme.
  • Optimisation de la fiscalité : la valeur du capital est répartie entre usufruit et nue-propriété, ce qui facilite l’utilisation des abattements de l’assurance vie.
  • Souplesse patrimoniale : le démembrement permet d’adapter la transmission à la situation familiale et à l’âge du conjoint.
  • Rédaction plus complexe de la clause bénéficiaire : une formulation imprécise peut entraîner des difficultés au moment du versement du capital.
  • Gestion partagée des intérêts : usufruitier et nus-propriétaires n’ont pas les mêmes droits, ce qui peut nécessiter un dialogue entre les bénéficiaires.
  • Moins utile pour les patrimoines simples : lorsque les montants sont modestes ou qu’il n’y a pas d’enjeu de protection du conjoint.
  • Anticipation indispensable : le démembrement doit être réfléchi en amont, car il est difficile à corriger après le décès.

⭐ Notre conseil

La clause bénéficiaire démembrée est particulièrement pertinente si votre objectif est de sécuriser le conjoint survivant tout en préparant une transmission progressive aux enfants. Elle prend tout son sens lorsque les montants investis sont significatifs et que la situation familiale est stable.

✍️ Comment rédiger une clause bénéficiaire démembrée ?

La rédaction d’une clause bénéficiaire démembrée doit être particulièrement soignée. Contrairement à une clause classique, elle organise la répartition des droits entre usufruitier et nus-propriétaires, avec des conséquences patrimoniales et fiscales importantes.

Les éléments indispensables à prévoir

Pour être efficace, la clause doit :

  • désigner clairement l’usufruitier (souvent le conjoint) ;
  • identifier précisément les nus-propriétaires (enfants, petits-enfants, etc.) ;
  • préciser la nature du démembrement (usufruit et nue-propriété sur le capital décès) ;
  • anticiper le sort du capital au décès de l’usufruitier, afin d’éviter toute ambiguïté.

Une rédaction imprécise peut entraîner des difficultés au moment du versement des fonds ou des désaccords entre bénéficiaires. Il est donc primordial d’utiliser des termes clairs et non équivoques.

Exemple de formulation

À titre indicatif, une clause peut être rédigée de la manière suivante :

« Mon conjoint en usufruit, et mes enfants en nue-propriété, par parts égales entre eux. »

Cette formulation simple peut toutefois être complétée ou adaptée selon la situation familiale, notamment en cas de famille recomposée ou de bénéficiaires multiples.

⚡ Démembrement d’assurance-vie : notaire, quand et pourquoi faire appel à lui ?

Le recours à un notaire n’est pas obligatoire pour rédiger une clause bénéficiaire démembrée, mais il est fortement recommandé dans certaines situations.

Son intervention permet de sécuriser la rédaction, d’anticiper les conséquences civiles et fiscales du démembrement et d’éviter les conflits entre usufruitier et nus-propriétaires.

👉 Le notaire est particulièrement utile lorsque les montants en jeu sont élevés, en présence d’une famille recomposée ou lorsque le démembrement s’inscrit dans une stratégie patrimoniale plus globale.